Informer ou dramatiser ? L’année 2020 à la RTBF

Informer ou dramatiser ? L’année 2020 à la RTBF

(Notes : les chiffres renvoient aux liens internet listés en fin d’article, avec l’indication éventuelle de la page exacte / un tableau de la recherche totale est reproduit tout à la fin / désolé pour la mise en page sommaire dans l’attente d’une autre publication…)

Auteur : Jean-Paul Brilmaker

Administrateur-délégué de l’ASBL Black Roots gérant le Blues-sphere Bar, occulté par le gouvernement depuis le 15/10/2020, à l’instar de l’essentiel de la création culturelle…

13 février 2021

 

Période 1 (janvier-février 2020) : information sereine

La théorie du choc psychologique, chère au ministre fédéral de la santé, Monsieur Franck Vandenbroucke, reposait sans doute sur l’idée que le respect des mesures non pharmaceutiques (NPI) contre le coronavirus dépendait fortement de la crainte qu’il devait inspirer tant dans ses suites morbides que sa virulence.[1]

Le moins que l’on puisse constater est que le service public (la RTBF) fut un fidèle lieutenant de cette thèse… à partir du moment où le gouvernement sonna la charge le 12/03/2020.

Alors que le Covid19 (dont le démarrage est situé vers octobre 2019 à Wuhan en Chine) apparaissait comme tel le 21/12/2019 dans le New English Journal of Medecine et que le séquençage était réalisé huit jours plus tard chez VisionLabs, laboratoire de Guangzhou, l’OMS rendait publique l’existence de l’épidémie dès le 31/12/2019.[2]

La première info de la RTBF sur le coronavirus n’intervint cependant que le 09/01/2020, avant d’être complétée les 11 et 13/01, puis une ou deux fois par jour à partir du 17/01, quatre fois le 27, une fois le 28 et deux fois le 31/01/2020.

Néanmoins, le 27 janvier 2020, la RTBF annonçait qu’à Liège, les festivités du nouvel’an chinois battaient leur plein, avec des groupes folkloriques de Wuhan. [3]

On apprenait en outre le rapatriement de belges de Wuhan et leur simple mise en quarantaine, sans plus, car « les hôpitaux et les généralistes savent comment reconnaître le coronavirus et le gérer » selon Madame la ministre Maggie De Block. [4]

Enfin, la visite d’élèves chinois à Liège fin janvier n’avait suscité aucune crainte : « Avant leur départ de Chine, à laéroport, les participants ont été testés via une prise de température. Aucun ne présentait de signe de maladie. Cela na pas empêché l’école de prendre toutes les précautions : «  Nous avons tenu à prendre nos informations auprès du médecin de référence de lInstitut de médecine tropicale dAnvers et également auprès de médecins du CHU et de lpital de la Citadelle. Toutes les informations allaient dans le même sens, à savoir quil ny avait pas de raisons de paniquer. Il fallait simplement respecter les consignes habituelles qui sont les mêmes que pour une épidémie de gastro ou de grippe, à savoir bien veiller à se laver les mains, éviter de postillonner dans le visage de la personne qui se trouve en face et tousser (en cas de besoin) dans un mouchoir « , explique Mathias Tyssens, directeur du Collège. »[5]

Ces trois évènements (il y en eu sans doute d’autres tant les hommes d’affaires et touristes chinois traversaient constamment notre pays, central en Europe) n’ont pas donné lieu à des consignes (traçage et quarantaine des familles par exemple) données au gouvernement de la part de ceux qui deviendront peu après nos « experts », les éminents épidémiologistes et autres virologues normalement au courant de l’actualité épidémique internationale.

Au contraire, le même 27 janvier 2020, même s’il relevait la dangerosité du virus,  Monsieur Emmanuel André, microbiologiste et professeur de médecine à la KUL, déclarait à la RTBF « avoir eu très rapidement accès aux premières séquences de ce coronavirus, dans une qualité suffisante pour pouvoir développer un test diagnostique en deux jours, permettant de commencer à travailler sur le développement d’un vaccin. C’est une transparence nécessaire pour que les autres pays puissent se préparer à une épidémie ». [6]

Notre chaîne publique ajoutait dans le même interview que « Créer un vaccin est assez complexe, vu la grande capacité de mutation de ce virus. Les premiers essais cliniques ne devraient d’ailleurs pas commencer tout de suite. A cet égard, Emmanuel André assure qu’on ne part pas de zéro dans ces cas-là et que des technologies existent, permettant de rentrer très rapidement dans ces phases expérimentales. « On a d’ailleurs un potentiel candidat vaccin à la KU Leuven, qu’on va adapter pour ce nouveau coronavirus », explique le microbiologiste ».

On était tellement confiants dans ce futur vaccin, à la KUL, que l’on fera l’objet d’une généreuse commande de recherche de la part de la Fondation Bill et Melinda Gates quelques semaines plus tard. Au passage, Monsieur Marc Van Ranst, également enseignant à la KUL, louait, sur la chaîne flamande VRT, l’utilité de la chloriquine. [7]

En résumé, même si l’on observait la dangerosité du coronavirus, nos deux experts (MM André et Van Ranst) parlaient d’abord de vaccin et non de  traçage et confinement familial dans nos contrées.

Quant à notre aptitude aux soins face au risque éventuel de débordement hospitalier, les seules nouvelles remontaient au mois d’octobre 2019, lorsque la Ministre du Budget (avant de devenir notre, émouvante et confinante, Première Ministre, Madame Sophie Wilmès), annonçait fièrement les économies budgétaires en soins de santé. [8] [9]

On peut même dire, par contre, que la situation des services d’urgences et de soins intensifs, fin 2019, était tellement peu florissante que des préavis de grève étaient déposés…[10]

Quant au lits médicalisés dans les maisons de repos, il en manquait tellement en Wallonie que la ministre, Madame Christie Morreale, avait décidé en janvier 2020, d’en créer 2266 adaptés aux soins. [11]

Quoi qu’il en soit, sur l’ensemble des infos de janvier et février 2020 (respectivement 2766 et 2435 articles) la couverture de l’épidémie par la chaîne publique, en représentait à peine 3,4% en janvier et 10% en février. [12]

On apprenait notamment le 5 février 2020 que les victimes chinoises étaient à 80% âgées de plus de soixante ans et souffraient d’autres problèmes de santé. [13]

Néanmoins, jusqu’à la fin février, la sérénité régnait, la RTBF poursuivant sa mission d’information sur la nature du virus et son avancée.

 

C’est ainsi qu’un important article du 1er février 2020 (fondé sur l’interview d’une infectiologue de l’hôpital Saint Pierre à Bruxelles, Madame Charlotte Martin) nous donnait les raisons de ne pas paniquer : [14]

  1. a) Taux de mortalité seulement de 2-3%

« On suit de près ce taux de mortalité depuis le début de l’épidémie. On na pas limpression que cela évolue beaucoup. Au fur et à mesure que les chiffres arrivent, on tourne toujours aux alentours de 2-3% de taux de mortalité, sachant quon est même plus proche des 2%. Il faut savoir qu’avec la grippe saisonnière, on est autour des 0,5 et 1% mais si vous prenez les personnes fragiles et les publics à risque, on peut monter jusqu’à 6% de taux de mortalité. Et donc, si on met cela en perspective, le taux de 2-3% dans le cas du coronavirus reste relativement modéré« . (…)

« Il faut rappeler les deux autres coronavirus dangereux que sont le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) qui avait 10% de mortalité et le MERS-coronavirus (coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient) avec 35% de mortalité. »

  1. b) Taux de transmission modéré autour de 2

« Dans notre jargon, on appelle cela le ‘R zéro (R0)’. En résumé, cela signifie que si on met une personne infectée dans une pièce avec 100 personnes, combien de personnes vont être infectées ? Il faut savoir que pour les maladies les plus infectieuses au monde comme la rougeole et la coqueluche, ont un R zéro qui avoisine les 18. Dans le cas du coronavirus, on est autour du 2 – 2,2″.

 

A présent qu’une année s’est passée, on peut constater, ce 12 février 2021, que la RTBF avait raison de ne pas dramatiser, un an auparavant à l’occasion de cet interview de l’infectiologue, Madame Charlotte Martin étant donné que :

  • Le taux de mortalité fut en Belgique de 2,9% (rapport de 21441 décès sur 727148 cas) [15]même s’il n’est que de 2,2% au niveau mondial [16]
  • Le taux de reproduction Rt maximum atteignit le chiffre 3, fin mars 2020 avant de redescendre, très vite, en-dessous de 1 puis osciller entre 1 et 1,5 entre juillet et novembre, pour se stabiliser autour de 1 depuis décembre 2020. [17]
  • Si la mortalité générale augmenta sérieusement en 2020 en Belgique, il n’en fut pas de même dans nombre d’autres pays [18], dont la Suède (taux de mortalité de 2%) [19], par exemple, laquelle laissa ses bars et restaurants ouverts jusqu’en mi-soirée, sans imposer, pénalement, le masque, ni le couvre-feu ou le confinement généralisés.
  • L’âge moyen des personnes décédées dessuites du Covid-19 a été de 83 ans, avec une forte comorbidité [20].
  • Les courbes par âge, montrent qu’en dehors de la période creuse des vacances d’été (juillet à septembre) où les hospitalisations étaient au plus bas, environ 80% des patients admis à l’hôpital avaient plus de 60 ans (alors qu’ils ne représentent qu’un quart de la population). [21]
  • Il n’est dès lors pas douteux que le problème principal résidait dans la rapidité et l’efficacité des soins aux personnes âgées, plutôt que leur isolement social et surtout familial, étant lui-même un facteur déprimant et dès lors morbide, en soi.
  • La première semaine de février 2021 confirme les observations antérieures : les clusters (lieu où au moins deux cas de covid19 ont un lien épidémiologique) sont essentiellement familiaux : « Les clusters communautaires (non-familiaux, soit les écoles, les entreprises, les maisons de repos, etc) représentent 3% du nombre total de clusters rapportés par les régions. » [22]
  • Il résulte de ce qui précède que le confinement en famille garantit l’entretien du virus et sa propagation vers les commerces, transports publics, lieux de formation et de travail via la manipulation des masques humides (car imposés à l’extérieur), ce qui rend peu crédibles l’efficacité des NPI et le « choc psychologique nécessaire » pour leur respect.

 

Période 2 (mars-avril 2020) : dramatisation intense

Le 16 février 2020, la chaîne publique se demandait honnêtement « comment informer sans semer la panique », ajoutant alors (ce qui sera oublié peu après) :

« Ne pas tomber dans le piège du sensationnalisme, éviter de feuilletonner inutilement, distinguer lessentiel de lanecdotique pour ne se concentrer que sur les conséquences majeures liées à cette épidémie, cest donc la volonté des journalistes de la RTBF. » [23]

Au même moment (18/02/2020), malgré la progression importante de l’épidémie, l’OMS mettait en garde contre toute mesure disproportionnée. [24]

Deux jours plus tard, la RTBF se demandait encore s’il était bien rationnel de prendre des mesures aussi drastiques que le confinement général. [25]

C’était sans compter sur l’entrée en scène des épidémiologistes, ces spécialistes des modèles mathématiques, dont l’un d’entre eux écrivait deux lettres ouvertes angoissantes au gouvernement les 28/02 [26] et 06/03/2020 [27] en se basant sur un taux de reproduction (particulièrement) théorique de 4,6 à 7 !! :

« L’épidémiologiste (c’est à dire lui-même) calcule de la même manière, à partir de 50 cas recensés aujourdhui en Belgique, que dans 33 jours, il y aura 50.000 cas, et une semaine plus tard, 200.000 cas, si lon ninstaure pas immédiatement les mesures les plus drastiques possible. Jai transmis un dossier au SPF Santé le 12 février où je détaillais la menace que le nouveau coronavirus faisait peser sur lintégrité du système hospitalier belge, et je calculais que 110.000 cas symptomatiques, 1% de la population, mettraient ce système en péril grave. »

« Il semblerait que le souci principal du ministère de la santé, depuis le début de cette crise, est de rassurer la population en minimisant la nature du danger. On se demande sur base de quels chiffres les experts du gouvernement arrivent à 13.000 cas dans 63 jours ?Alors quau même moment, les chiffres scientifiques qui sont publiquement disponibles indiquent que, si nous ne changeons pas drastiquement les mesures de santé publique, il y aurait dé200.000 cas en Belgique dans 40 jours ? »

Dès le 09/03/2020, la RTBF allait enchaîner les articles flamboyants, appelant à charge les grandes pestes du passé [28] tout en omettant les précédents SRAS comme celui de 1968 qui aurait causé autant de mort dans le monde… dans une quasi indifférence générale (40.000 morts en France en deux mois). [29]

Or, ni la Suède ni la Biélorussie, ni les autres états qui n’ont pas violemment confiné n’ont subi ledésastre invraisemblable promis par les épidémiologistes.

Chez nous, le taux de reproduction démarra à peine à 3 pour descendre sous 1 au début avril…

En attendant, le 13 mars 2020, le gouvernement décidait le confinement général au nom de l’aplatissement de la courbe des hospitalisations. [30]

Sachant le rôle de foyer de virulence joué principalement par les familles, on s’interroge sur l’utilité des mesures non pharmaceutiques (NPI), comme l’on fait plusieurs chercheurs universitaires (épidémiologistes et mathématiciens)  dont la conclusion était la suivante :

« La conclusion est contre – intuitive, heurte les idées reçues, et touche les ressorts profonds de la psychologie collective. Plus un investissement est massif, et plus la tendance est dinvestir encore. Plus un sacrifice a été important, plus il est difficile dadmettre quil était inutile. Comme dans la crise « subprime » de 2008 la perte se creuse et personne ne veut voir la réalité des chiffres, tant les conséquences de lerreur collective sont gigantesques et effrayantes. Quel aurait été le sort de ceux qui auraient tenté dexpliquer aux Incas que leurs sacrifices nont aucune influence sur la course du soleil ? Nous restons modestes mais renforcés dans notre conviction (depuis 7 mois maintenant). Nous avions défait le constat dune absence deffet des NPI les plus strictes déjà relevé par la littérature scientifique [24], [25].

Nos conclusions vont au-delà.

  1. Le confinement ne « décale » ni le pic de nouveaux cas, ni le pic de mortalité, au contraire, il « lanticipe »
  2. Le confinement « naplatit » pas la courbe de nouveaux cas, ni la courbe de mortalité, au contraire, il la « gonfle »
  3. Le confinement réalise un effet pervers indésirable daugmentation des décès. Le contraire de leffet imaginé.
  4. Le raisonnement selon lequel le confinement général strict et indifférencié influe directement sur le « R0 » de propagation épidémique est faux. Une mesure de confinement général strict et indifférencié nimpacte pas directement le R0 mais lun de ses paramètres : le taux de contact.
  5. La question du port du masque généralisé se traite de la même manière.
  6. Les modélisations mathématiques et statistiques ont été basées sur des « hypothèses » non scientifiques et un dévoiement des modèles :

            – Utilisation de R(0) comme un paramètre alors quil est